Réflexion en mouvement sur le processus de création
Interview Sara Theron Dodo Toucan Atelier Rue Sainte Marthe

Dodo Toucan, Le Paradis sur Terre de Sara Théron

Nous avons rendez-vous en plein cœur du 10ème arrondissement* avec Sara Théron, céramiste, dans l’atelier-boutique Dodo Toucan. Ce lieu de vente, d’exposition et d’apprentissage situé dans l’atypique rue Sainte-Marthe*, flamboie de sa façade vert d’eau.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté.

Dans ce cocon émaillé, à la manière d’une alchimiste, Sara transforme la terre en or. À partir de quelques poignées de ce cette matière première, elle réalise des petits objets de décoration, destinés à égayer le quotidien. Le maître mot de ce processus de création ? La poésie. Ici, le design est un objet contraphobique, un moyen d’atteindre une satisfaction lyrique immédiate afin de faire face à la routine.

Pour nous accompagner dans notre joyeux périple, nous pouvons compter sur de surprenants compagnons de voyage : les dizaines d’animaux et grigris peuplant les étagères du lieu. Les créatures colorées font la fête en troupeaux et se déplacent en hordes. Tout semble si réel.

*PS : depuis notre rencontre, Dodo Toucan a déménagé. Retrouvez désormais l’atelier-boutique au 69 rue de Meaux dans le 19ème arrondissement de Paris.

Céramique totémique

Sara est une céramiste autodidacte. Son parcours est à l’image de sa pratique : construit de ses propres mains, étape après étape, de manière sincère et instinctive.

Sara : Avant de faire de la céramique, j’ai fait l’École des Arts Décoratifs de Paris en design d’objets, puis j’ai travaillé pour le compte d’une créatrice d’objets en papier. C’était une toute petite entreprise créative, au sein de laquelle je touchais un peu à tout : de la communication jusqu’au développement produit en passant par de la création pure. J’ai démarré la céramique en parallèle de mon activité professionnelle, en prenant des cours du soir entre amis. Avec l’un d’entre eux, nous avons très vite acheté un four à céramique afin de pouvoir en faire à tout moment, sans nécessairement passer par l’intermédiaire des cours. Au bout d’un an, j’ai accumulé une grande quantité de créations, puis un beau jour, je me suis dit que je devais essayer de les vendre. Au fil des ventes, j’ai eu de nombreux retours positifs et je me suis moi-même prise au jeu de vouloir me lancer pleinement dans l’aventure. J’ai commencé par faire un site plutôt modeste, puis j’ai décidé de m’y consacrer à plein temps. C’est dans cette optique que je suis venue m’installer dans cet atelier, rue sainte Marthe.

Le projet imaginé par Sara porte le nom de « Dodo Toucan ». Ces deux oiseaux tropicaux, fièrement placés côte-à-côte, évoquent tour à tour légèreté, évasion et rêverie.

Sara : Le nom « Dodo Toucan » incarne une certaine naïveté, une douceur liée à des mondes fantaisistes colorés. J’ai choisi ce nom de manière assez intuitive, sans vraiment être à la recherche de la perfection, un choix spontané qui me parle et me ressemble. En termes de concept, le projet est une sorte d’expédition narrative qui s’articule autour de la couleur et de la nature, comme une juxtaposition de petits paysages oniriques. Je m’évertue à ne pas trop rentrer dans les détails d’une histoire pour laisser aux gens l’opportunité de s’approprier l’univers que je mets en scène.

Les mains baladeuses

À l’ère du plastique où opacité de fabrication rime avec production en série, la pratique de Sara peut surprendre. Derrière ce choix, se cache une affection particulière pour la matière, une vocation où la palpabilité domine. Cette lente métamorphose, d’une substance meuble vers une réalisation solide, célèbre la diversité des possibles, à l’image d’un mouvement revendicateur où la différence s’épanouie.

Sara : J’apprécie que chaque objet soit différent. Même si je fais plusieurs fois le même sujet, le résultat est toujours unique car l’ensemble est modelé, puis peint à la main. C’est important pour moi que les personnes qui achètent mes créations accordent une valeur particulière au résultat de mon travail, une dimension affective et sentimentale, au-delà de la valeur commerciale. De plus, le fait de proposer les réalisations dans un atelier-boutique, permet aux visiteurs de découvrir mon processus de création. Je pense que c’est un vrai plus de pouvoir connaitre les étapes de fabrication et l’origine d’un produit avant de l’acheter.

En plus de fabriquer et de vendre des animaux sauvages miniatures, Sara propose des ateliers et des stages pour s’initier à la pratique de la céramique. Le public peut ainsi se familiariser avec l’ensemble des étapes du processus de fabrication : modélisation, séchage, peinture, première cuisson, émail et cuisson finale. Ces pauses pédagogiques permettent à l’artiste d’orienter le projet Dodo Toucan vers une dimension participative.

Sara : Je répartie mon temps entre des périodes de travail plutôt solitaires et des moments de partage avec des curieux souhaitant découvrir le monde de la céramique. J’ai de la chance de recevoir des personnes naturellement bienveillantes, conscientes du travail que requiert une telle pratique. C’est agréable d’être dans un échange positif, fondé sur un dialogue sincère et généreux : les gens viennent avec des compliments et en échange, je leur donne quelques explications.

J’aime bien l’aspect manuel de la céramique, il y a un côté méditatif qui apparait dès qu’on met les mains dans la terre. On se plonge dans la création, et on oublie complètement le reste.

Sara : J’ai l’impression que l’artisan suit une sorte de quête paradoxale entre la volonté de voir apparaitre le travail de la main et une envie de produire un objet abouti, ne se résumant pas seulement à une boulette de terre portant des traces de doigts. On recherche à la fois une simplicité de la forme et cet aspect authentique du travail manuel qui fait ressortir le processus de fabrication. L’objectif est d’atteindre un juste équilibre entre la dimension symbolique de l’objet et la potentielle sympathie qui doit s’évaporer de celui-ci.

Inspirations et aspirations

« Créer pour vivre ou vivre pour créer : toute la différence entre l’artiste et l’artisan » disait Michel Polac. De ton côté, où te situes-tu par rapport à cette affirmation ?

Sara : Comme la majorité des personnalités créatives, j’ai envie que mes réalisations plaisent à un maximum de monde. J’ai l’impression que mon travail se situe à la frontière entre l’Art et l’artisanat. Personnellement, je ne me sens pas tout à fait légitime en tant qu’artisan dans la mesure où je n’ai pas de connaissances techniques issues d’une formation traditionnelle. De même, j’ai du mal à me revendiquer comme artiste à part entière. Quand on me demande ce que je fais, je réponds juste que je fais des animaux en céramique, ça rend le tout moins dramatique.

La principale source d’inspiration de la jeune femme n’est autre que la nature. Entre observation, reproduction et libre interprétation, Sara articule son travail autour d’un mimétisme revisité incarné par une gamme chromatique acidulée. Entourée d’âmes bienveillantes en lévitation la céramiste agrandit, jour après jour, la grande famille des animaux malicieux et des mini mascottes porte-bonheur.

Sara : Au début je faisais pas mal de vaisselles, mais ce sont les animaux que je façonnais qui rencontraient le plus de succès. De mon côté ça m’amusait beaucoup de les faire donc je me suis spécialisée dans leur réalisation. De manière générale, j’essaye de faire des sujets qui ont une dimension symbolique évidente, qui sont l’incarnation d’une force, d’une émotion ou d’un sentiment. Ça me fait plaisir, par exemple, d’entendre que des gens gardent leurs petits grigris sur leurs bureaux, que ça les motive au quotidien, ou que d’autres les conservent dans leurs sacs en cas de petit coup de blues, pour se remonter le moral. En définitive, chaque petit être incarne un moment de vie, une intention ou une petite pensée.

À la fin de cet entretien aussi intéressant que poétique, nous avons l’impression d’être retombés en enfance (c’est une certitude !). Les yeux grands ouverts, nous prenons le temps d’observer chaque création, comme des visiteurs pourraient le faire dans un zoo.

Après cette pause régressive, il est temps pour nous de retrouver Paris, ses tumultes et sa grisaille, d’enfin remettre les pieds sur Terre. Nous poussons la porte de l’atelier, convaincus que nous reviendrons aussi vite que nous sommes partis.

Un petit gri-gri en poche, nous nous sentons invincibles, prêts à parcourir le monde baigné d’une nouvelle lueur d’espoir.

Découvrir l’univers de Sara : Site InternetInstagramFacebook 

Adresse de l’atelier-boutique : 69 rue de Meaux, Paris 19ème.

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